Propagation de l'Evangile aux nouveaux champs missionnaires

Un nouveau champ missionnaire est abordé en 1910 à Chastre (Perbais). M. Pirotte y visite une famille protestante, et ensemble ils décident d'y commencer des réunions. Entre-temps, début 1911 Gembloux est érigé en Station, comprenant les annexes de Grand-Leez et Lonzée. Les activités d'évangélisation continuent avec projections lumineuses   Gembloux, Grand-Leez et Perbais. Les réunions à Perbais réunissent une douzaine d'auditeurs qui reviennent régulièrement, mais il y a de 7 à 45 personnes !

Et c'est comme si une nouvelle année signifie aussi une nouvelle entreprise. C'est en 1911 qu'une famille originaire de Charleroi ouvre sa maison pour des réunions évangéliques à Sombreffe. Une vingtaine de personnes, au moins trois familles, s'y rassemblent pour apprendre les cantiques. Un témoignage : « Je blasphémais beaucoup, dit une femme, depuis que j'ai entendu l'Evangile, je ne blasphème plus. Quand je suis prête à le faire, je pense à Jésus et Il me donne la force de m'en abstenir… » Après le premier enterrement protestant dans ce village le 2 mars 1913, 30 Nouveaux Testaments furent vendus, tout le stock du colporteur. Depuis cet enterrement, plusieurs nouveaux ont assisté aux réunions du vendredi. La résistance de l'Eglise Catholique était pourtant grande : « Il fut très difficile à la famille d'empêcher les prêtres et les sœurs de s'emparer de la mourante. » [i] En 1914, des cultes sont organisés tous les 15 jours avec une présence d'une quarantaine de personnes. Plusieurs familles de Ligny font une heure à pied pour se rendre aux réunions.

Et comme l'Evangile doit être prêché jusqu'aux extrémités du monde, M. Pirotte ne s'est pas contenté de lancer une nouvelle oeuvre, mais en a ajouté encore une autre à Orp le Grand en 1911. M. Pirotte y a donné une instruction religieuse à plusieurs enfants.

Dans cette situation, le pasteur D. Lemaire ajoute comme commentaire : « Gembloux semble être appelé à devenir le noyau d'une paroisse de disséminés, ce n'est pas un grand feu qui s'allume mais d'ici de la quelques lueurs, Grâce à Dieu, il y a quelque chose de fait, nos familles de Gembloux sont peu en nombre, mais très fidèles, et il y a quelque chose à faire dans cette région. »[ii]

Conclusion

Quand je suis arrivé à Gembloux comme pasteur j’ai voulu connaître l’histoire de l’Eglise, particulièrement de ses origines, mais personne ne pouvait me renseigner, il n’y avait rien d’écrit. Le dossier de demande de reconnaissance par les pouvoirs publics mentionne l’année 1905, un chiffre approximatif.

Par cette étude nous avons démontré que des efforts d’évangélisation de colporteurs bibliques ont eu lieu depuis 1895 à Gembloux et que des réunions bibliques régulières ont commencé en juin 1902 à Gembloux, début 1903 à Grand-Leez et début 1904 à Lonzée. A Gembloux la salle du culte a été inaugurée le 30 juillet 1903 (date anniversaire de la Communauté), à Grand-Leez le « culte évangélique » disposait de sa salle depuis le 23 mai 1904 et à Lonzée un local était loué. Pendant des années, ces 3 annexes ont formé une « station » ou « poste » dépendant de l’Eglise de Namur.

Remarquons que ce sont des colporteurs bibliques ou évangélistes qui ont fondé les 3 annexes. Ces hommes souvent convertis du catholicisme, qui ont trouvé dans la Bible l’Evangile de la grâce en Jésus-Christ, ont consacré leur vie à partager la Bonne Nouvelle avec tous ceux qui voulaient les écouter. Ils cherchaient à vendre Bibles et Nouveaux Testaments, témoignaient de leur foi, visitaient les gens à la maison. Ils ont commencé des réunions avec quelques convertis et invités, à partir de ces réunions bibliques des Eglises sont nées. Leur rayonnement était extraordinaire : en deux ans de temps, 3 annexes ont été fondées dans notre région. Entre elles il y avait une grande solidarité, marquée p.exemple par la participation des gembloutois aux cultes à Lonzée pour épauler la petite communauté par les chants. Constatons aussi que chaque converti avait une vie transformée : connaissance de la vérité en Jésus-Christ, libération de dépendances, instruction des enfants, partage des biens matériels, amour fraternel… Ainsi, chacun rendait témoignage à sa façon. C’est la réaction du clergé catholique et à Gembloux celle du Juge de Paix qui ont mis un sérieux frein au développement des trois annexes. S’il n’y avait pas eu cette persécution, quel aurait été le paysage religieux depuis lors ?

Inutile d’y répondre : l’évangélisation est un éternel recommencement. Chaque génération a besoin de la Bonne Nouvelle de Jésus, d’entendre parler de son Amour, de faire un choix dans son cœur pour le suivre. Les temps ont changé : dans notre Eglise on a tout « pasteurisé » et il n’y a plus d’évangélistes (à de rares exceptions près), d’autre part il y a de bien meilleures relations avec l’Eglise Catholique (il n’y a plus de persécution quand un catholique trouve son chemin dans une Eglise protestante). Dans notre Eglise, nous devons absolument redécouvrir le ministère de l’évangéliste et les formes modernes qu’il peut prendre, comme l’engagement de chaque chrétien comme porteur de la Bonne Nouvelle. Mais l’Evangile n’a pas changé, il est toujours le même : celui de la grâce intarissable et débordante de Dieu. A nous de reprendre le défi, d’être les témoins du Christ comme ceux qui nous ont précédés, de gagner notre génération à l’Amour de Dieu. Et pourquoi pas rêver, mieux : prier et croire que le Seigneur bâtira son Eglise à Gembloux et ailleurs, que les églises deviendront trop petites ?

« Ne t’ai je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? »

(Jean 11:40)
Emile Carp

[i]   Rapport de M. Daniel Lemaire à la Commission des Eglises et Stations, Exercice 1909-1910, Semestre I, (5/10/1909).
[ii]  Rapport de M. D. Lemaire à la Commission des Eglises et des Stations, Exercice 1910-1911, Semestre II, (11/4/1911).
 (*) Petit Historique de l’Eglise de Namur, Eglise Réformée de Belgique, 117e session synodale, Namur 1970

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