Fondation de l'annexe de Grand-Leez

En même temps, c'est dans le village agricole de Grand-Leez (plus de 2000 habitants à cette époque) que l'Evangile commence à produire ses fruits. Nous lisons dans un rapport de l'Eglise : « A Namur l’œuvre présente bien des côtés encourageants étant donnée la dureté particulière du terrain… elle est des plus encourageante à Gembloux et Grand-Leez : dans ce dernier endroit, il semble au pasteur qu'elle est en bonne voie et promet un développement prochain. » [i]
Une lettre de l'évangéliste Victor Balty au Secrétaire Général de l'Eglise (le pasteur K. Anet) apprend que tout a commencé par une fête de Noël dans l'Eglise de Sart-Dames-Avelines en 1902. [ii] Madame Denil, habitante de Grand-Leez y était présente, et ce jour-là son cœur fut touché. Elle acheta un « almanach de la maison » et le rapporta avec elle. En rentrant à la maison, elle faisait son chemin avec deux jeunes filles qui lui demandaient ce qu'elle portait dans un rouleau. Elle montrait son livre et dit : « J'ai assisté hier à la fête au Temple ; c'était si beau, j'ai entendu dire de si bonnes choses ; la religion protestante est bien meilleure que la religion catholique. » Seulement, elle n'avait pas remarqué que le curé la suivait. Il avait entendu toute la conversation et le dimanche suivant il prêcha contre les protestants et sans la nommer parlait d'une personne qui avait rapporté de mauvais livres. Résultat : tout le monde en parlait au village, ceux qui travaillaient à Namur en parlaient avec leurs collègues, des protestants namurois l'apprenaient et le colporteur en fut informé. Ernest Cohy fit des visites au village et les réunions démarraient au début de l'année 1903. Lors de sa première visite à Grand-Leez le vendredi 3 avril 1903, O. Valet y présida la réunion. Pendant ce mois d'avril, entre 70 et 80 auditeurs assistaient aux réunions ! [iii] Le « développement prochain » dont parlait le pasteur D. Lemaire est donc bel et bien son espoir d'y instituer bientôt une Eglise avec ses propres structures.
Dans la même lettre écrite le 23 octobre 1903, l'évangéliste Balty reproduit sa conversation avec Madame Colson, qui lui dit d'avoir « assisté dernièrement au culte à Grand-Leez. » Ainsi des cultes évangéliques sont attestés à Grand-Leez depuis 1903, présidés par le colporteur 0sée Valet et occasionnellement par le pasteur D. Lemaire de Namur. Remarquons qu'il est question de cultes ici avant l'ouverture de la salle des réunions l'année suivante.
Nous savons que les réunions avaient lieu chez Madame Pauline Duchêne. « C'est chez elle, dans sa cuisine, que les réunions avaient commencé et c'est dans sa maison que quelque temps après on aménagea une salle qui est aujourd'hui encore la salle de cultes » écrit le premier pasteur à Gembloux H. Barbier. [iv] La cuisine était vite devenue trop petite, et une salle pour le « Culte Evangélique » - établie dans une ancienne étable - fut inaugurée officiellement le 23 mai 1904. Il existe une photo historique de cet événement, sur laquelle nous voyons parmi la foule le pasteur D. Lemaire et les colporteurs 0sée Valet et Désirée Pirotte.
Au prime abord, les perspectives sont des plus prometteuses à Grand-Leez. Au début de 1904, la présence aux cultes monte de 30 à 46, puis jusqu'à 61. Le premier baptême a lieu le 13 août 1905 : il s’agit de Léon Duchêne. En 1906, on écrit : « les auditoires, après avoir oscillé entre 20 et 13, sont remontés à 30. Ces auditoires écoutent, paraît-il avec beaucoup d'attention ; la confiance et la sympathie se manifestent de plus en plus. Il y a aussi un rudiment d'école missionnaire. Chose intéressante c'est une jeune convertie de Lonzée qui la dirige. » [v] Plus de 100 personnes ont assisté à la fête de Noël en 1904. Mais deux ans plus tard il n'y a que 6 ou 7 personnes en moyenne aux cultes. Ceci est dû en partie aux travaux des champs qui absorbent les cultivateurs qui forment alors la majorité de la population. Plein d'espoir H. Barbier témoigne : « il y a là des consciences qui parlent, qui ont besoin d'être éclairées, des âmes religieuses qui en ont assez du catholicisme et que la libre-pensée ne saurait satisfaire. Quand la terre dormira sous le ciel gris d'hiver, Grand-Leez se réveillera, nous en sommes sûr, et le nombre des auditeurs augmentera » [vi] et « Grand-Leez est un champ qu'il faut labourer et ensemencer et où l'Evangile germera et portera sûrement des fruits. » [vii]
Mais la raison la plus importante est bel et bien que le curé a fait sa campagne contre les protestants. On peut le comprendre, il lui manque de plus en plus de ses fidèles. Pendant l'hiver de 1903-1904 il prêche contre les protestants. Quand le colporteur veut vendre des livres, les gens lui répondent : « Ce sont de mauvais livres, le curé l'a dit. » « Nous n'avons pas besoin de votre Evangile. Le curé nous le prêche cela nous suffit » et « Allez à la porte, je ne veux pas vous voir et encore moins vous entendre. » [viii] Ce genre d’attitude était courante à cette époque : dans certains cas, quand un colporteur avait visité une localité, des prêtres passaient après eux pour collecter et brûler les livres répandus. (*) En plus le curé a mis l'heure de la messe au même moment que le culte des protestants pour éviter que ses ouailles aillent ailleurs.[ix]
 Le premier enterrement protestant eut lieu le 10 juillet 1906. Madame Pauline Duchêne est décédée le 8 juillet à l'âge de 80 ans. Nous lisons à son sujet : « Le curé essaya à plusieurs reprises de la ramener à d'autres sentiments, il eut voulu obtenir d'elle une rétraction et c'est dans ce but qu'il envoya encore ses deux sœurs auprès de cette courageuse femme l'avant-veille même du jour où elle devait s'endormir en paix. Toutes les sollicitations furent inutiles et c'est ainsi que le 10 juillet eut lieu à Grand-Leez le premier enterrement protestant. Monsieur K. Anet y prononça une allocution. Le dimanche matin, le curé, du haut de la chaire, paraît-il, avait interdit à ses paroissiens d'assister à la cérémonie, ce qui ne les empêcha pas de venir en grand nombre rendre les derniers devoirs à celle dont la foi et le courage méritaient d'être rappelés ici. » [x]

[i]         Rapport de la Commission Permanente du Conseil Brabant-Namur sur l'exercice 1903-1904 (reçu le 2/5/1904).
[ii]        Lettre de V. Balty au Secrétaire Général K. Anet, datée le 23/10/1903.
[iii]       Rapport de 0. Valet, mois d'avril 1903.
[iv]       Rapport de H. Barbier à la Commission des Eglises et des Stations, 1905-1906 (reçu le 2/10/1906).
[v]        Rapport de la Commission Permanente du Conseil Brabant-Namur sur l'Exercice 1905-1906.
[vi]       Rapport de 0. Valet, mois d'avril 1903.
[vii]       H. Barbier : « œuvre de Gembloux, Grand-Leez, Lonzée. » 26 juin 1906.
[viii]      Lettre personnelle de 0. Valet, écrite le 29 mars 1904 ; le destinataire en est inconnu, mais il pourrait s'agir du pasteur Anet.
[ix]       Témoignage recueilli auprès de Mlle Émilie Dûchène.
[x]        Rapport de 0. Valet, mois d'avril 1903.