Développement de l'Eglise à Gembloux

Revenons donc à la ville de Gembloux. Une maison avec une salle y fut louée depuis le mois de juillet 1903. Dans les rapports du colporteur biblique, la terminologie n'est pas rigoureuse, il parle aussi bien de « réunions » que de « cultes ». Pourtant, la location de la salle pour le « Culte Evangélique » est une étape décisive. En effet, le pasteur D. Lemaire écrit qu'avec l'installation de la salle du culte commence la période la plus intéressante du ministère. [i] A partir de l'inauguration de la salle il sera donc aussi question de « cultes » à Gembloux.
C'est au mois de juillet que les travaux sont effectués, et le jeudi 30 juillet 1903 la salle a été inaugurée par le pasteur K. Anet. Il y avait plus de 90 personnes présentes sans compter celles qui se trouvaient dans la cour. La collecte ce jour récolta la somme de 1,00 F tout rond ! Le dernier jeudi (jour de la réunion biblique) du mois de juillet peut donc être considéré comme la date anniversaire de Gembloux comme véritable Eglise annexe. Le dimanche suivant, le 2 août, c'est pour la première fois que les cultes ont lieu le dimanche : à 7 heures le soir avec 36 personnes et 0,95 F dans la collecte !
La date de 1903 est encore attestée dans le rapport du pasteur D. Lemaire du 15 septembre 1911. Il y écrit concernant deux décès : « tous deux avaient été admis comme membres il y a 8 ans, lors des débuts de l’œuvre à Gembloux. » Pasteur Lemaire, depuis août 1903 à Namur, situe le début de l’œuvre à Gembloux en cette même année. Ainsi il est amplement prouvé que les cultes ont été célébrés à Gembloux et à Grand-Leez depuis 1903, deux ans plus tôt que ce qui est indiqué dans le dossier de demande de reconnaissance au Ministère de la Justice où figure la date de 1905.
Un des menuisiers avec qui Monsieur Valet s'est entretenu lui a dit que les protestants ne peuvent rien ici « Parce que il faut rester d'accord avec les opinions de ceux avec qui on fait des affaires. C'est ce que font les catholiques et les libéraux ici. » [ii] Pourtant, il y a bien vite une moyenne de 50 personnes présentes, et ce chiffre peut monter jusqu'à 100. Les Chrétiens évangéliques témoignent de l'Evangile : « C'est le seul Livre qui donne la liberté ; c'est pourquoi j'ai accepté son enseignement. » Notre colporteur biblique croit à l'importance et à l'efficacité de la Parole de Dieu : chaque mois il vend plusieurs Bibles et des dizaines de Nouveaux Testaments.
Le curé menace ceux qui vont chez les évangéliques, excluant leurs enfants du catéchisme. Mais les gembloutois ne se laissent pas impressionner : « le catéchisme protestant ira très bien pour nos enfants. » [iii] A cette époque, la première communion des enfants était le principal obstacle qui faisait trébucher beaucoup de nouveaux convertis. [iv] Mais la situation se durcit aussi dans d’autres domaines. Osée Valet écrit dans une lettre le 29 mars 1904 : « Beaucoup de patrons sont catholiques et défendent à leurs ouvriers de venir nous entendre. Une chose inouïe, c'est que le Juge de Paix du canton va trouver ou invite les ouvriers chez lui, pour les prier de ne plus venir nous écouter, et même sous menace de les faire renvoyer ; sous prétexte que c'est lui qui les a fait entrer dans ces établissements à condition de rester de bons catholiques. » Et il rend le témoignage d'une femme qui dit : « J'ai beaucoup lu la Bible dans le passé, mais M. le Doyen me la prise en me disant que j'en perdrais la tête, il m'a donné des livres d'histoires en échange. » [v]
Début 1905, il n'y a qu'une petite vingtaine d'auditeurs au culte à Gembloux. Nous lisons dans un rapport présenté au Synode du 3 juillet 1905 : « beaucoup d'adultes sont retournés en arrière, 20 auditeurs au culte est un maximum. ... ». Mais il y a aussi des moments de joie, particulièrement le premier janvier de cette année : le premier baptême a été administré à Daniel Depireux et la première bénédiction de mariage est célébrée : Joseph Depireux et Virginie Debacq se sont promis amour et fidélité devant le Seigneur (leur mariage civil avait eu lieu 4 ans plus tôt, ils sont les parents du petit Daniel). Huit mois plus tard, le 24 septembre, François Depireux et Marie Marsa ont suivi leur exemple et se sont unis au Nom de Jésus-Christ.
En avril 1905, 0sée Valet s'installe à Gembloux pour mieux s'occuper de l’œuvre. Le rapport présenté au synode le 3/7/1905 dit qu'il réside depuis seulement deux mois à Gembloux. Ce qui est intéressant, c'est de constater qu'on y parle de cultes pas comme un événement tout nouveau, mais comme une rencontre qui existe depuis bien de temps : « 20 auditeurs au culte est un maximum, qui n'est plus que rarement atteint ». En d'autres mots, il y a eu des cultes depuis un certain temps, le culte ne dépendait pas d'un pasteur ou colporteur habitant sur place. L'inauguration de la salle évangélique dans la maison de la Rochette le 30/7/1903 peut donc être considérée comme le moment depuis lequel il y aura des cultes réguliers à Gembloux, qui est une annexe ou « poste » de Namur. Les réunions avaient d'abord lieu le soir à 7 heures, puis les cultes du dimanche matin ont été fondés depuis le premier décembre 1903. [vi] Avant l'arrivée sur place du pasteur suffragant M. Barbier le 1er  mai 1906, c'était le colporteur biblique et le pasteur de Namur qui se sont occupés de la vie cultuelle dans les trois annexes.
En 1907, M. et Mme Barbier quittent Gembloux, et les trois annexes formeront le « poste » de Gembloux, dépendant à nouveau de l'Eglise de Namur. En total, ces trois annexes rassemblent une petite cinquantaine de personnes. En octobre 1907, le colporteur et lecteur de la Bible Désiré Pirotte est installé à Gembloux. Chaque dimanche il y a deux rencontres à Gembloux : une le matin et une le soir, mais les gens n'assistent qu'à une seule rencontre. Chaque jeudi et dimanche, des réunions d'évangélisation ont lieu ; souvent des auditeurs étrangers y assistent. Une section de « tempérance » se réunit chaque dimanche après-midi. M. Pirotte relate le témoignage d'une dame qui n'est pas encore venue aux réunions : « Je suis étonnée de voir comme mon mari est changé. Il ne boit plus depuis qu'il va chez vous. Je vais y aller aussi, je veux savoir ce qu'on dit là. » Et d'une autre : « Les gens sont étonnés de voir comme mon mari est changé depuis qu'il va aux protestants. » [vii] Il existe aussi une « caisse des pauvres » alimentée par les collectes du dimanche et qui suffit aux besoins qui se présentent. Il fallait beaucoup de courage pour devenir protestant : « Quand aurons-nous la liberté de conscience ? Ces paroles furent adressées à M. Pirotte par une femme dont le mari avait été menacé de renvoi s'il persistait à suivre nos réunions. » [viii] Le colporteur dit lui-même : « Ils (les gembloutois) ont des besoins religieux mais ils ont peur du curé et des catholiques qui les menacent. » Ainsi le Catholicisme a été un énorme frein au progrès de l'Evangile, La liberté religieuse était virtuellement inexistante. Pourtant, au début de 1913, il y a entre 25 et 33 personnes aux cultes et le même nombre pour les réunions du jeudi soir, ceci rien qu'à Gembloux. [ix]

[i]  Der Bote aus Belgien (Nachrichten über die Ausbreitung des Evangeliums in Belgien) Zwei neue Werke in Gembloux und Grand-Leez, D. Lemaire, November, N° 17, 1904.
[ii]  Rapport de 0. Valet, juillet 1903.
[iii] Rapport de M. D. Lemaire à la Commission des Eglises et Stations, Exercice 1907-1908, Semestre II, (13/4/1908).
[iv] Der Bote aus Belgien (Nachrichten über die Ausbreitung des Evangeliums in Belgien) Zwei neue Werke in Gembloux und Grand-Leez, D. Lemaire, November, N° 17, 1904.
[v] Lettre personnelle de 0. Valet, écrite le 29 mars 1904 ; le destinataire en est inconnu, mais il pourrait s'agir du pasteur Anet
[vi] Registre de l'Eglise de Namur dans lequel sont enregistrés les actes ecclésiastiques de Gembloux de 1902-1906.
[vii] Rapport trimestriel de D. Pirotte, 1er trimestre 1910.
[viii] Rapport de M. Daniel Lemaire à la Commission des Eglises et Stations, Exercice 1909-1910, Semestre I, (5/10/1909).
[ix]   Rapport de M. Daniel Lemaire à la Commission des Eglises et Stations, Exercice 1912-1913, Semestre II, (9/4/1913).